Soleil Blanc I à III, (sol), (bocaux) - Le Grand Café
Soleil Blanc I à III, (sol), (bocaux) - Le Grand Café
Soleil Blanc I à III, (sol), (bocaux) - Le Grand Café
Soleil Blanc I à III, (sol), (bocaux) - Le Grand Café

Soleil Blanc I à III : Draps, teinture naturelle, dimensions variables.
Soleil Blanc (bocaux) : Bocaux en verre, teinture naturelle, dimensions variables.
Soleil Blanc (sol) : Draps, dimension variables.

À l’étage du Grand Café, Adrien Vescovi installe selon une certaine épure une installation horizontale, composée en trois temps. En opposition à la verticalité qui anime les espaces du rez-de-chaussée du centre d’art, cette production nouvelle offre un moment de contemplation et de regard presque anachronique, au sens où l’artiste ne semble pas être encore intervenu sur la matière qui fait ici œuvre.

À même le parquet du centre d’art se déploie une composition non cousue, comme il la pratique dans son atelier pour découper ou épingler ses textiles. Jouant de ces formes et contre-formes, l’œil poursuit un chemin hasardeux entre les draps, continuant de retrouver monogrammes brodés et dentelles qui font l’identité et le caractère du tissu. À la manière d’un jardin zen, les lignes se perdent dans leur superposition et dans la diversité des teintes de la fibre textile. À certains endroits pliés, tels les draps dans nos armoires, à d’autres complètement déroulés, la matière semble être dans l’expectative de son passage à la couleur.

À cette attente répond une installation de bocaux de verre. De format identique, disposés le long du mur du fond ou à même la couche blanche au sol, ils révèlent les couleurs avec lesquelles l’artiste a travaillé ses infusions. Ces « jus de paysages » comme il les nomme projettent la couleur dans l’espace par ponctuation.

Enfin le troisième volet de l’installation consiste en ces trois tableaux en suspension, flottant au-dessus du sol. Majoritairement blanc, la couleur vibre par son absence comme si l’on arrivait un peu trop tôt et que la matière ne s’était pas encore choisie son habit de couleur définitif. Les formes et contre-formes du disque solaire sont présentes et semblent interrompues dans leur processus de réalisation. Comme si l’on rencontrait un ouvrage non encore dévoilé ou en pleine fabrication, l’univers de l’atelier de l’artiste est omniprésent dans cette salle concluant l’exposition Soleil Blanc au Grand Café.

Tout est en place et le grand ballet des teintures s’impatiente. Nous sommes peut-être invités à prendre position : à nous d’imaginer notre processus de teinture en allant chercher mentalement dans ces bocaux les couleurs qui nous font intérieurement vibrer pour les projeter sur ces motifs blancs.

Pourtant ici tout semble bien parachevé, et l’on peut percevoir dans cette dernière salle du Grand Café l’essence de ce qui constitue le travail d’Adrien Vescovi : des draps chargés d’une mémoire collective et intime, de la couleur pleine de l’écho de son territoire d’origine, et un regard, celui de l’artiste, chef d’orchestre de la symphonie chromatique en préparation.

Forme finie ou processus en cours, le travail est comme en suspension. Cet espace propice à la contemplation évoque l’œil du cyclone : un endroit intime et calme, où se tenir hors de la tempête éclatant de lumière.

Notice basée sur le texte d’Eva Prouteau, critique d’art