L’ingénieure qui transportait des pierres - Le Grand Café

« Nos performances prennent forme sur de longues périodes de recherches et sont interconnectées les unes aux autres. Ces projets sont traversés d’évènements inattendus qu’ils cristallisent, mais aussi des lieux ou des personnes que nous rencontrons à l’occasion d’invitations ou de commandes.

À Saint-Nazaire, nous avions préparé une série de performances inspirées de nos visites et parcours dans la ville, comme le chemin côtier ou le site de Dissignac. Surtout, nous avions croisé une femme qui marchait lentement devant l’école polytechnique. Elle portait un sac qui semblait peser très lourd et cela nous a vraiment intrigué. Elle nous a révélé qu’elle enseignait dans cette école et a ajouté tout en ouvrant son sac : « c’est pratique, vous voyez ! L’école est bien située. Je peux travailler et ramasser des pierres en même temps ». Son sac contenait en effet beaucoup de grosses pierres qu’elle avait transportées sur plusieurs centaines de mètres.

Cette ingénieure a donné son nom à notre performance et sa rencontre a permis de nous projeter dans le quotidien des villageois du néolithique qui transportaient des roches pour la construction de tumulus. Au fil de la longue marche, ce projet a créé des moments d’échanges avec de nombreux habitants qui nous avaient fait la visite des différents sites. Cette performance a ensuite abouti à un film, Spectacles sans objet (2016) et a permis d’engager un autre projet filmique sur la révolution néolithique, sur lequel nous travaillons encore aujourd’hui.

Malheureusement, nous n’avons jamais revu cette ingénieure, et n’avons finalement jamais su pourquoi elle transportait ces pierres. »

Louise Hervé & Chloé Maillet