Hans Op de Beeck

Sea of Tranquillity

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Exposition

  • Exposition du 9 octobre 2010 au 2 janvier 2011
  • Rencontre avec l'artiste le dimanche 10 octobre à 15h

Hans Op de Beeck est un créateur d'intermondes. Ses oeuvres, suspendues entre passé et futur, fiction et réalité, sondent un univers contemporain aux allures de mirage, vertige sensoriel où le familier côtoie l'étrange.Nourri de littérature et de cinéma, l'artiste incarne ses visions dans un modèle combinatoire et scénographique. De l'installation à la sculpture, de la vidéo au film d'animation, de l'écriture de nouvelles à la peinture et au dessin, de la photographie à la matière sonore, les médiums qu'il emploie semblent tous converger vers la définition d'un topos : un théâtre mental, qui projette le spectateur dans une expérience réflexive, sociale et culturelle, pensée intime de la condition humaine.

Les premières oeuvres visuelles et littéraires d'Hans Op de Beeck explorent déjà le sens de la vie comme objet spéculatif : citons Determination (4) (1998), une projection vidéo grandeur nature où un couple et ses deux enfants courent vers nulle part dans un espace entièrement blanc ; ou encore Coffee (1999), long plan fixe cadrant un couple âgé prenant un café sans échanger une parole. L'artiste questionne également notre relation à l'espace public ou à l'architecture d'habitation, et fait basculer nos repères fonctionnels et pragmatiques vers la poésie pure. Evocations intrigantes de paysages urbains à l'élégance proche de la ruine futuriste, la série des Location (1998-2008) opère ce déracinement des images, cette faculté à transmuer le banal en extension fantasmatique de notre psyche humaine. Ce vaste cycle s'appuie sur un principe d'immersion parfois spectaculaire : le visiteur s'attable dans un restaurant qui surplombe une autoroute déroulée jusqu'à l'horizon, de nuit (Location (5), 2004) ou s'assoie au centre d'un salon circulaire ouvert sur un désert de neige ouaté à l'infini (Location (6), 2008). Autant de dispositifs pénétrables qui rappellent la magie des grands diaporamas du XIXe siècle, machines illusionnistes qui affolent les perspectives et stimulent de longues échappées visuelles et auditives, à forte charge contemplative.

De plus en plus, la démarche d'Hans Op de Beeck s'affirme existentielle et générique : la naissance, la maladie, la souffrance, la pulsion de vie et la mort deviennent autant de motifs mis en scène dans des environnements formatés, mondialisés, où la technologie affleure. C'est l'architecture standardisée de T-Mart, installation sculpturale d'un supermarché imaginaire animée par vidéo-projection, ou encore celle de The Building, une sculpture et un film d'animation qui donnent corps à un complexe hospitalier mégalomane. Ces environnements, traités comme des synthèses allégoriques, interrogent la nécessité de décor sophistiqué dans lequel notre vie se joue. Que signifie manger, guérir ou mourir dans de telles matrices spatiales ? Comment cerner le pouvoir de séduction de ces infrastructures, leur dimension à la fois repoussante et quasi-sublime ? Ne sont-elles pas devenues les prolongements désirés de notre propre corps en profonde mutation ?

Les oeuvres d'Hans Op de Beeck captent ainsi la vitalité trouble de ces espaces qui déterminent nos comportements, façonnent nos sensibilités. Empreintes de mélancolie, porteuses d'une charge critique parfois désabusée, elles assimilent notre monde globalisé à un rêve crépusculaire au charme vénéneux, un dédale obscur et intangible dans lequel les humains cherchent à maintenir le contrôle grâce à divers rituels culturels que l'artiste questionne. Point de moralisme toutefois dans ce regard : tout en nourrissant une réflexion analytique ouverte, l'univers d'Hans Op de Beeck exacerbe le mystère, l'ellipse et le sublime. Ses dernières aquarelles confirment cette approche duelle dans de grands formats noir et blanc, fragments de nature erratiques ou intérieurs désertés, qui font autant écho au film noir qu'à la peinture de la Renaissance. Dans ces compositions, la mise à distance induite par la perspective frontale n'exclut jamais la sensation violente d'une fusion du regard avec le paysage. Si loin, si proche, l'art d'Hans de Beeck se révèle à merveille dans cette dynamique irrésolue : une distance froide, qui est aussi un corps-à-corps fantastique.

En 2008, à l'occasion d'un séjour d'étude à Saint-Nazaire, Hans Op de Beeck fut frappé par le développement historique remarquable de cette ville portuaire, dont les chantiers navals produisent les plus grands paquebots de croisière du monde. L'un des derniers en date, le Queen Mary 2, mais aussi l'élévation du Burij Kalifa a Dubai lui apparurent comme l'archétype ultime du luxe contemporain, symptomatique de la relation qu'entretient le monde occidental à l'égard de certains concepts : le temps libre, le travail et la consommation, l'utopie. Ce fut le point de départ du projet Sea of Tranquillity (Mer de la Tranquillité), un nouveau cycle d'envergure dans le travail de l'artiste, pour une exposition accueillie dans quatre institutions européennes.

Sea of Tranquillity : ce titre a des connotations plurielles. Traduit littéralement en néerlandais, Sea of tranquillity devient "Zee van Rust", une expression courante qui décrit l'expérience d'un moment suspendu, hors-du-temps, dans la paix et le silence, un océan de calme. En latin "Mare Tranquillitatis" désigne une mer lunaire, où s'écrasa le vaisseau spatial Ranger 8 en 1965 ; c'est à ce même endroit que se posa le module de la mission américaine Apollo 11, qui permit aux hommes de marcher sur la Lune. Ce titre comporte enfin une part d'ironie, si l'on considère ce qu'offre une croisière aujourd'hui : des activités sans danger et sans imagination, nivelées par l'industrie des loisirs.

Hans Op de Beeck conçoit son projet d'exposition autour d'un vaisseau fictif, lui-même baptisé Sea of tranquillity : une salle accueille la monumentale version sculptée de ce bateau imaginaire, accompagnée de diverses sculptures (mannequins et leurs costumes, sculpture d'un paysage portuaire...) qui ponctuent l'exposition. Un court-métrage mêlant acteurs réels et environnements 3D plonge virtuellement le spectateur dans l'antre de ce paquebot étrange et menaçant, qui fend doucement la nuit. Autre élément, bi-dimensionnel cette fois-ci : une série de grandes aquarelles en noir et blanc représentant des lieux et des personnages associés à cette fiction navale. L'ensemble s'articule dans une mise en espace très muséale : une forme de récit s'installe, une scénographie de la mémoire, un voyage immersif dédié à cette énigmatique légende flottante.

Eva Prouteau


Production

Sea of Tranquillity (model), 2010
sculpture sur socle (Plexiglass, tissu, résine, arcap, verre, PU, système d'éclairage, bois, peinture)
500 x 200 x 180 cm
courtesy Xavier Hufkens, Brussels
co-production Le Grand Café

Œuvres

Sea View, 2010
aquarelle sur papier Arches, cadre en bois
290,6 x 129,2 x 4,35 cm
courtesy Xavier Hufkens, Brussels

Dancer, 2010
aquarelle sur papier Arches, cadre en bois
249 x 133,9 x 4,35 cm
courtesy Xavier Hufkens, Brussels

Shipyard, 2010
aquarelle sur papier Arches, cadre en bois
236,5 x 135,4 x 4,35 cm
courtesy Xavier Hufkens, Brussels

Nightscape, 2010
aquarelle sur papier Arches, cadre en bois
261 x 136,2 x 4,35 cm
courtesy Xavier Hufkens, Brussels

Shipyard (sleeping containers), 2010
sculpture sur socle, bois, peinture, colle, plastique, métal, système d'éclairage
135 x 400 x 140 cm
courtesy Galleria Continua, San Gimignano - Beijing - Le Moulin

Captain, 2010
sculpture sur socle, polyester, tissu, silicone, bois, peinture
100 x 100 x 220 cm
courtesy Galleria Continua, San Gimignano - Beijing - Le Moulin

Chambermaid, 2010
sculpture sur socle, polyester, tissu, silicone, bois, peinture
100 x 100 x 200 cm
courtesy Galleria Continua, San Gimignano - Beijing - Le Moulin ; Galerie Krinzinger, Vienna ; Xavier Hufkens, Brussels ; Marianne Boesky Gallery, New York ; Galerie Ron Mandos, Rotterdam - Amsterdam

Showcase (1), 2010
sculpture, bois, peinture, verre, vis
196 x 76 x 235 cm
courtesy Galleria Continua, San Gimignano - Beijing - Le Moulin ; Galerie Krinzinger, Vienna ; Xavier Hufkens, Brussels ; Marianne Boesky Gallery, New York ; Galerie Ron Mandos, Rotterdam - Amsterdam

Showcase (2), 2010
sculpture, bois, peinture, verre, vis
196 x 76 x 235 cm
courtesy Galleria Continua, San Gimignano - Beijing - Le Moulin ; Galerie Krinzinger, Vienna ; Xavier Hufkens, Brussels ; Marianne Boesky Gallery, New York ; Galerie Ron Mandos, Rotterdam - Amsterdam

Sea of Tranquillity, 2010
vidéo HD, couleur, son
courtesy Galleria Continua, San Gimignano - Beijing - Le Moulin ; Xavier Hufkens, Brussels ; Galerie Ron Mandos, Rotterdam - Amsterdam
co-production du CNAP - Ministère de la Culture et de la Communication (F), Fonds Audiovisuels Flamands (B), Emmanuelle & Michael Guttman et Le Fresnoy - Studio National des Arts Contemporains


Résidence

Durant sa résidence en 2009 dans la ville de Saint-Nazaire, Hans Op de Beeck fut inspiré à la fois par l'unique et remarquable développement historique de la ville et par les navires « mégalomaniaques » du chantier naval. La construction de ces navires, comme le Queen Mary 2, le plus grand jamais construit, est accompagnée de problèmes dus à la réalité économique qui font partie des préoccupations de l'artiste. Après un supermarché (« T-Mart », 2004) et un complexe hospitalier (« The Building », 2007), Hans Op de Beeck développe aujourd'hui un projet de navire de croisière imaginaire, baptisé « Sea of Tranquillity ».

L'exposition est conçue comme un sombre et petit musée, que l'artiste compare aux collections que l'on peut rencontrer dans de vieux musées. L'exposition présentera un film court sans aucun mot, projeté dans une salle obscurcie dans lequel le regardeur bénéficie de la visite nocturne d'un paquebot. Une partie importante de l'exposition présente des vitrines contenant des sculptures (dont une grande maquette du navire de croisière), des artefacts et des vêtements (comme l'uniforme du capitaine).

L'exposition présentera également des oeuvres bidimensionnelles ( aquarelles, plans, dessins de conception) associées à l'histoire du paquebot. L'apparence de ce musée trompeur créera l'impression d'une rencontre avec un mythe des temps révolus. Le projet de Hans Op de Beeck prendra en effet la forme d'une présentation didactique sans en être une : l'artiste évite toute forme d'explication textuelle et omet totalement certains aspects anecdotiques dans ses oeuvres afin de préserver la fonction évocatrice de son travail et autoriser toute une gamme d'interprétations. La conception du projet « Sea of Tranquillity » se fera en partenariat avec des professionnels de l'aéronautique afin de respecter les normes et exigences d'un véritable chantier naval. En ne donnant pas d'interprétation concrète à l'oeuvre tri-dimensionnelle et aucun mot à son film, Hans Op de Beeck invite le visiteur dans une collection d'images anonymes, d'objets et d'impressions, au sein d'un étrange musée fictif dédié à une « légende » qui l'est tout autant.

"Sea of Tranquility" est la première exposition personnelle importante en France de Hans Op de Beeck.



Biographie

  • Né en 1969 à Turnhout, Belgique.
  • Vit et travaille à Bruxelles.

2010

  • Silent Movie, Marianne Boesky Gallery, New York
  • Aichi Triennale Aichi, Japon
  • Works on Paper & Video, Xavier Hufkens, Bruxelles
  • Staging Silence, The Armory Show (Ron Mandos), New York

2009

  • In Silent Conversation with Correggio, Gallerie Borghese, Rome
  • 5 Sculptures, ArtBankingClub, Moscou
  • Location (6), Art Unlimited, Art Basel 40, Bâle

2008

  • Singapore Biennale

Hans Op de Beeck est représenté par les galeries Xavier Hufkens, Bruxelles ;  Galleria Continua ; Galerie Krinzinger, Vienne ; Ronmandos, Amsterdam et Marianne Boesky Gallery, New-York


Partenaires

L'exposition est co-produite et circulera dans les lieux suivants :
ARGOS, Brussels (BE), 22 janvier (vernissage) - 2 avril 2011
Kunstmuseum Thun, Thoune (CH), 10 juin (vernissage) - 4 septembre 2011
CAB, Burgos (ES), 30 septembre 2011 (vernissage) - 8 janvier 2012

La vidéo est une Commande du Ministère de la Culture et de la Communication – Centre national des arts plastiques et a été réalisée avec le soutien de Fonds Audiovisuel Flamand (VAF), Autorités Flamandes, de Michael Guttman et Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains, Emmanuelle and Michael Guttman, Xavier Hufkens et Galleria Continua. MOUVEMENT est partenaire média du projet.

En savoir plus ...

Plus d'informations sur le site de l'artiste.

Galeries :

Vues d'exposition